Réagir pour que mon enfant intérieure se sente protégée !

http://lagenerationquiparle.com/2020/10/17/reagir-pour-que-mon-enfant-interieure-se-sente-protegee/

Voilà quelques temps que je n’avais pris un moment pour partager ici un ressenti en lien avec mon chemin de reconstruction, de réparation… Chemin sur…

Réagir pour que mon enfant intérieure se sente protégée !

Voilà quelques temps que je n’avais pris un moment pour partager ici un ressenti en lien avec mon chemin de reconstruction, de réparation… Chemin sur lequel je marcherais sans doute jusqu’à la fin de ma vie !
Avoir été violé.e laisse des traces indélébiles, c’est ainsi… heureusement, plus on apprivoise l’éventualité d’une résilience, plus on cohabite avec cette partie de nous déchiquetée en morceaux, plus on se donne la possibilité de se renforcer et faire grandir notre enfant intérieur.e. Alors, on tient debout, et on se dresse pour se construire un avenir où l’on s’offre davantage le droit au bonheur…

Depuis toujours je suis d’un tempérament à aller de l’avant, créer des projets, en soutenir d’autres… et depuis que je suis sortie d’amnésie traumatique et que je me suis connectée à l’ampleur du fléau, celui du déni de notre société concernant les violences faites aux enfants, notamment les crimes pédocriminels… je milite autant que cela m’est possible, émotionnellement et logistiquement, pour que les choses changent, soutenir la parole qui se libère, mettre en place des actions qui soutiennent les personnes en reconstruction après le traumatisme.

C’est majoritairement dans le milieu du cinéma, le milieu artistique, que j’évolue depuis 25 ans, avec à mon arc plusieurs cordes : autrice, réalisatrice, art thérapeute, coach…
Parce qu’il est bon de se lancer des défis, j’ai postulé dernièrement à un concours pour un atelier d’écriture de films de fiction.
Ce qui était important pour moi c’était d’oser, de m’accorder le droit de le faire, de reconnaître que j’étais légitime pour présenter ma candidature, en envoyant 2 synopsis (une page maximum)… et ce défi, je l’ai réussi !
J’ai écrit un projet de comédie, et un projet de comédie dramatique inspiré de mon histoire. Avant de boucler mon inscription, je les fais lire à plusieurs professionnels qui m’ont tous encouragée à les envoyer.

Quelques semaines après, j’ai reçu un mail qui m’informait que ma candidature n’avait pas été retenue pour passer l’épreuve écrite. Je me suis dis que cela n’était pas grave, j’avais essayé et c’était ça le plus important. Il y a plusieurs chemins pour aller à destination !

Et puis, aujourd’hui, j’ai reçu un courrier… J’ai reçu un courrier avec les commentaires sur les 2 synopsis que j’ai écrit, m’expliquant pourquoi je n’avais pas été retenue… et me voilà entrain d’écrire ici pour donner la parole à mon enfant intérieure, qui s’est pris un uppercut dans la face, sans le voir venir…

Pour le premier synopsis, l’histoire d’une femme qui se lance le rêve dingue de créer une comédie musicale à 50 ans. Je découvre une demie page de commentaires plutôt bienveillants avec les questions que le lecteur s’est posé en lisant l’histoire que je proposais. Des remarques constructives, qui peuvent m’aider pour réécrire le synopsis. Je les reçois avec gratitude.

Le deuxième synopsis est inspiré de mon vécu, et plus particulièrement de la fin de vie de mon père, et comment, malgré notre histoire douloureuse avec lui, nous avons fait le choix, avec mes sœurs, de l’accompagner dans ce passage vers la mort. Une période hors du temps où j’ai personnellement pu me connecter à l’enfant intérieur de mon père, cette part de sa vie blessée, terrorisée, parce qu’il est évident que lui aussi avait été violé enfant, avant de reproduire le schéma sur certaines de ses filles. En me connectant à cette part de lui, j’ai pu l’aider à partir. Il était important pour nous de rester fidèles à nos valeurs, fidèles à notre promesse de faire en sorte qu’il parte dans la dignité, lui qui s’est auto-détruit en embarquant souvent avec lui son entourage dans une spirale, nourrie par la souffrance… et de lui offrir ce droit d’accorder de la valeur à sa vie.
Cela n’a pas été facile du tout, éprouvant même… Et pourtant, cela a été salutaire pour moi, j’ai pu ressentir que la colère ne gouvernait plus ma vie, que j’avais pu prendre de la distance avec mon vécu sans pour autant le renier, au contraire… je pouvais le regarder en face, l’accepter… sans tomber dans un puits de souffrance.
En plus de l’amnésie traumatique, du viol, de l’inceste, il a fallut gérer le syndrome de Korsakoff (Alzheimer des alcooliques)… J’ai réalisé quelques semaines avant sa mort qu’il était réellement possible que mon père ne se souvienne pas m’avoir violée. Cela a été un choc et en même temps une libération… Amnésie traumatique avait comme changé de camp… et surtout il était évident que je devais à mon enfant intérieure de ne plus jamais douter de sa vérité car j’étais désormais la seule à « savoir » ce qui était vrai, ce qui était juste pour ma vie… le seul autre témoin de ce que j’avais vécu, l’auteur de ces violences, les avait oubliées et était entrain de mourir.

Bref, avec tous ces ingrédients, un peu costauds j’en conviens, j’ai tenté d’écrire un synopsis d’une page (c’est court!) et d’imaginer comment cela pourrait devenir un film. Non pas que j’ai forcément envie d’en faire un film…
Pour le concours, il fallait 2 propositions, je me suis dit que serait bien que l’une soit « gaie » et l’autre « moins facile », et peut-être que, par « facilité », j’ai puisé dans mon vécu. Et le commentaire très bref, 6 lignes, reçu sur mon écrit, m’a catapulté dans un ressenti étrange…

J’accepte totalement que mon écriture ne soit pas parfaite ou aboutie, et qu’elle puisse même être maladroite. J’accepte tout à fait ne pas avoir le niveau pour cet atelier, c’est peut-être le cas… Ce qui m’a fait réagir, c’est ce que j’ai lu derrière les lignes…
Et avant de partager avec vous ici le commentaire que j’ai reçu, j’imagine plusieurs hypothèses :
– Soit je ne sais pas écrire… Auquel cas je suis dans l’erreur de gagner en partie ma vie depuis plusieurs années, en écrivant…
– Soit j’ai tellement pris de distance avec ma propre histoire, je me suis tellement réparée que si je l’écris, je donne l’impression qu’elle n’est pas crédible, car on ne ressent plus assez la souffrance…
– Soit la personne qui m’a lue est très au fait du sujet évoqué, a peut-être même une histoire de vie similaire à la mienne, et nous n’en sommes pas au même stade sur notre chemin de réparation.
– Soit ce que j’ai proposé, la réalité d’une vie donc, est trop difficile à concevoir pour une personne qui ne connaît pas les ravages de l’inceste, de la pédocriminalité et les conséquences de l’amnésie traumatique… et là est bien, je pense, le problème de notre société : Son incapacité à voir la réalité !
Car la réalité est violente ! Trop Violente !! Alors, on va préférer décrédibiliser celui ou celle qui parle plutôt que d’accepter que son récit est possible et qu’il faut agir pour protéger les enfants et soutenir les victimes… Heureusement des films, comme Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Eric Métayer, ou Slalom de Charlène Favier, qui sort en salle le 4 novembre, existent pour montrer au monde que nous ne sommes pas fous et folles, et que cette réalité est bien réelle !

Je ne vais pas ici partager mon synopsis car, qui sait, je déciderais peut-être un jour d’écrire cette tranche de ma vie et de la « fictionner »… Je vais juste poser ici les phrases du commentaire que j’ai reçu et les commenter… pour que mon enfant intérieure sache, une fois encore, que je ne resterai plus jamais dans le silence, même s’il m’arrive encore parfois de devoir faire des efforts pour ne pas rester coincée dans l’état de sidération… Ces remarques au sujet de mon synopsis sont reliées, à mon humble avis, au déni inconscient et collectif des individus qui composent notre société.

 « Les sujets abordés sont très lourds : amnésie post-traumatique, viol, syndrome de Korsakoff… Or, nous avons l’impression que rien de tout ça n’atteint réellement les personnages, et de ce fait, que rien n’est vraiment crédible »
Effectivement, il nous faut continuer à avancer, à vivre malgré la situation aussi « lourde » soit-elle, et oui, l’amnésie traumatique se déclenche pour protéger la personne, lui donner l’impression qu’elle n’est pas atteinte par l’horreur et qu’il n’y a de conséquences au viol qu’elle a subi, pour qu’elle puisse continuer à vivre comme si de rien n’était… Plus que crédible, c’est factuel en fait… cela se passe ainsi dans la vie de beaucoup de personnes agressées, traumatisées par des événements importants… Elles ont l’impression que cela ne les a pas réellement atteint.

« Parler de « souvenirs joyeux » pour un père abusif est très maladroit »
C’est pourtant bien une réalité possible… l’enfant violé est, dans la plupart des cas, sous emprise, il va croire ce qu’on lui dit, qu’on lui fait « cela » pour son bien, pour lui faire plaisir… L’auteur ou l’autrice de violences sexuelles sur mineur.e.s est le plus souvent agréable, gentil.le, et c’est souvent parce que l’enfant est heureux que « l’adulte/la personne » partage un temps privilégié avec lui, que le piège va se refermer et que l’enfant ne pourra pas s’en échapper, parce que jusqu’à l’agression, il partageait de « joyeux moments » avec la personne qui trahit sa confiance et le/la viole…
De surcroit, une amnésie traumatique favorise le fait que l’on garde plus facilement en mémoire les « souvenirs joyeux »… et c’est justement ces « souvenirs joyeux » qui rendront la vérité difficile à accepter quand l’amnésie traumatique se dissipera… et qu’il faudra réaliser que tout n’était que manipulation.

« Tout comme à la fin où c’est grâce à un rêve qu’Agathe apprend que son père a été violé »
C’est à ce moment là que j’ai laissé s’échappé, malgré moi, un rire de sidération… Un ressenti bizarre s’est inscrit en moi lorsque j’ai lu, noir sur blanc, que ce que j’ai vécu n’est pas possible !
Déjà, juste pour être précise je pense que cette personne aurait dû utiliser le mot « comprend » et non pas « apprend », mais bon, on ne va pas chipoter…
C’est bien grâce à un rêve, même deux, que mon subconscient et mon inconscient réunis ont déposé dans mon conscient assez d’éléments pour que je me pose de vraies questions et que j’ose aller explorer l’éventualité d’avoir été violée enfant, par mon père. Eventualité que j’ai réussi à accueillir comme la réalité grâce à un parcours thérapeutique, entamé depuis de longues années.
C’est grâce à un rêve que j’ai trouvé la solution pour trouver comment dire à mon père que je savais qu’il avait été violé enfant, et ainsi l’aider à demander pardon à son enfant intérieur, dont la terreur et la peur, non-entendues depuis l’enfance, avait guidé toute sa vie.
Visiblement, pour certains il n’est pas possible que cela se passe ainsi, mais dans la réalité, ma réalité, les choses se sont bien passées ainsi…

« Des sujets aussi lourds méritent vraiment un travail approfondi de recherche et on ne sent pas, en l’état, qu’il ait été effectué. »
C’est là, je crois, que j’ai définitivement basculé en état de sidération…
Peut-être que j’ai écrit ce synopsis en ayant trop à cœur d’avoir peur de donner l’impression de c’était mon histoire, et que je ne voulais pas que l’on se dise que j’étais une « traumatisée » qui voulait faire sa thérapie en écrivant un film… C’est possible.
Cependant en lisant cette phrase, j’ai eu l’impression, comme beaucoup d’anciennes victimes, quand elles militent pour le changement afin que la pédocriminalité soit reconnue comme un fléau, que l’on me disait : « que mon vécu ne constitue pas une expertise recevable »…
Parce que ce « travail approfondi de recherche », il me semble que je peux considérer l’avoir effectué : 25 années de thérapies diverses et variées, un père incestueux souffrant du syndrome de Korsakoff, une amnésie traumatique de 46 ans, un stress post-traumatique aux conséquences visibles sur la forme que mon corps s’est senti « obligé » de prendre pour que je me sente protégée, la création du blog La Génération qui parle, qui aujourd’hui a dépassé les 170 000 vues et publié tellement de témoignages, les deux documentaires que je suis entrain de réaliser et qui évoquent, plus que clairement, les ravages de la pédocriminalité… Il faut autre chose pour être crédible sur le sujet ?
Je peux concevoir que je n’ai peut-être pas réussi à retransmettre assez clairement mes idées pour que le lecteur reçoive les choses telles que je les ressens dans mon cœur. Cependant la personne qui a lu et commenté ce synopsis avait également à disposition mon CV grâce auquel il n’était pas difficile de comprendre que cette histoire avait un lien avec ma vie…

Je suis sortie d’amnésie traumatique il y a 4,5 ans, depuis 4 ans je milite et m’investie dans de nombreux projets… et « l’autre », parce que bien évidemment je ne sais pas qui est la personne qui a rédigé ces commentaires à propos de mes écrits… « l’autre », donc, se permet de façon plus ou moins claire, de me dire que cette histoire n’est pas crédible, pas documentée… que c’est trop lourd…
Cela m’a fait penser à cette phrase que l’on dit parfois, quand nous sommes face à des tranches de vie compliquées : « Oh c’est trop ! Tu mets cette histoire dans un film, ce n’est pas crédible ! » 

Je crois que c’est cela qui a fait réagir mon enfant intérieure, elle du assimiler cette lettre à une situation où on vient lui dire : «  T’es sûre de ce que tu dis ? Mais pourquoi tu as réagit comme ça alors ? Si c’était vrai on l’aurait su »… c’est fatiguant de toujours devoir « prouver » que l’on expose une vérité VRAIE…

Je ne sais pas si un jour j’écrirais cette tranche de vie que je partage avec mes sœurs… J’avais proposé cette histoire au concours pour ne pas proposer deux comédies légères…
Mais la réaction de cet.te « autre » m’interpelle et me rappelle que nous ne serons jamais, jamais, trop nombreux.ses à dire, écrire, filmer, décrire… pour permettre au monde de voir LA vérité…

Un jour peut-être, je conterai comment malgré l’horreur, la tristesse, l’injustice et la souffrance, on peut faire le choix de se connecter à notre humanité et décider d’être heureux.se.

Je suis heureuse parce qu’aujourd’hui j’ai écouté cette force qui me dépassait presque et qui me disait que je devais réagir, pour moi d’abord afin de rassurer cette part de moi qui a ressenti une forme de panique… et aussi pour contribuer à rendre nos réalités visibles. Non pas pour que l’on nous plaigne mais pour que l’on cesse de minimiser nos dires, de les décrédibiliser !

Je partage avec vous ici ce ressenti en toute sincérité, et peut-être que je me trompe en ressentant tout cela à la lecture de ce commentaire, peut-être… pourtant ma petite voix intérieure me souffle que cette critique sur mon écrit n’est pas fondée.
Et alors que je le sais, j’ai quand même vérifié…
– en lisant mon synopsis à des personnes à qui je ne l’ai pas encore lu… ils n’ont pas confirmé le jugement posé par cet.te inconnu.e…
– en lisant ce commentaire à mon mari, qui s’est mis à rire, comme je l’avais fait en découvrant ce courrier… « Il faut que tu répondes. C’est important de réagir. » m’a t-il dit avant que j’ai eu le temps de lui dire que :

Réagir, c’est ce que j’ai immédiatement fait en essayant de joindre la personne qui m’a envoyé ce courrier, pour que celle ou celui qui a écrit ce commentaire sache et puisse ainsi mesurer l’impact que son interprétation pourrait avoir quand il/elle aura ce genre de réaction face à d’autres victimes de violences et d’amnésie traumatique…
Réagir c’est ce que je fais en écrivant ici pour que ce doute que répand le déni, telle une nappe visqueuse, ne passe pas par ma vie, ne passe plus par ma vie… jamais !

Je devais écrire ces mots pour la petite Anne que j’étais, celle que j’ai retrouvée il y a bientôt 5 ans et à qui j’ai promis que je ne laisserais plus jamais autrui évoquer que ce qu’elle a vécu n’était pas la vérité…
Encore une fois, je devais lire dire : JE TE CROIS !

Merci de m’avoir lue jusqu’ici !

Anne Lucie merci

Publié par Sophie Vigneau

J adore la PHOTOGRAPHIE et la MUSIQUE ... je demeure aux Îles-de-la-Madeleine, Québec, Canada

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